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    L'été de la peur 3

     

     

     

    Nous abordons l'archipel par vent de travers, un ris dans la grand voile. Le croiseur frappe l'écume. Le cap est encore invisible sous l'horizon et malgré une légère déclinaison du compas, nous sommes sur la bonne route. La mer change de ton, prend l'aspect d'une muraille d'un bleu foncé dans laquelle nous plongeons jusqu'à nous laisser porter dans une eau plus calme. L'après midi est bien entamée. Le Fulmar flotte maintenant sur une mer aussi plate qu'une paume de main, tirant des bords à travers un chapelet d'îlots d'aspect hostiles, recouverts d'une végétation verte, touffue mais remplie de chants d'oiseaux.

     

     

     

    L'île qui nous intéresse apparaît bientôt au détour d'un chenal. A sa seule vue, les filles appuyées sur le pataras frissonnent. Aucun son n'en sort. Pas le moindre signe de vie. Atmosphère troublante...angoissante perspective d'intrusion dans une végétation aussi dense que lugubre...Chris et Richard se regardent, le visage grave et après une seconde d'appréhension vite refrénée jettent l'ancre à quelques encablures d'une crique sablonneuse. Ils sont arrivés....autant continuer...pensent-ils.

     

     

     

    Mai a soudain une pensée pour Jade...dans quelle galère, les hommes allaient-ils les emmener ? Moon a reculé jusqu'au grand mât...elle ne sent pas cette aventure. Elle semble tétanisée, a du mal à respirer tant l'angoisse qui l'étreint la paralyse. Chris, la voyant si pâle, lui parle à l'oreille doucement, la rassure mais son regard ne fait pas de doute, il lui faudra du temps.....ou peut-être pas....

     

     

     

    Après avoir tiré le dinghy sur la plage, les deux couples s'enfoncèrent dans l'épaisse et inquiétante végétation. Les filles ne purent retenir un frisson.......

     

     

    Maintenant....imaginez le décor...une coupole qui semble les engloutir, d'un vert profond...où le soleil n'est jamais parvenu, grouillante de vie mais aux sons inaudibles ...c'est si touffu que Chris, placé en tête et déjà en sueur manie la machette avec force pour se frayer un chemin à travers un espace à sa mesure...sans plus. Le sol s'enfonce à chaque pas de la colonne, rempli d'humus détrempé par l'humidité constante qui a plaqué violemment dés l'intrusion chaque vêtement comme une seconde peau, serré leur gorge dans un étau et rendu leur respiration difficile...

     

     

     

    Imaginez des centaines d'yeux à l 'appartenance invisible qui vous scrutent, guettant vos moindres gestes, attendant le moment propice pour vous faire regretter d'avoir empiété sur leur territoire et d'avoir violé leur douillet et inextricable environnement..... Personne ne dit mot. On sent la tension monter. Richard regrette déjà d'avoir emmené les filles....c'est vraiment horrible cette sensation de mal être qui enserre la gorge...angoissante cette atmosphère qui bloque leur respiration rendant leur avancée pénible....et difficilement soutenable...

     

    Il ferme et soutient la marche comme pour recadrer l'ensemble, rectifiant les faux pas, écartant les branches rebelles laissés par Chris et la nuée d'insectes qui s'emmêlent dans la chevelure des filles et qu'elles balaient d'un revers et futile revers de main......

     

     

     

    Les minutes passent et ils n'ont avancé que de quelques mètres. Chris semble épuisé par sa lutte avec la nature du lieu. On sent qu'il regrette son choix aventureux mais n'en laisse rien paraître. Il coupe, taille, se fraie un passage dans cet environnement hostile et séculaire....

     

    Soudain, un coin de ciel bleu apparaît dans la canopée. La végétation devient moins dense et bientôt, ils pénètrent dans une savane aux hautes herbes. Ils s'arrêtent un instant. Le vent venant du large, enjambant la jungle balaie l'espace créant des ondulations perfides dans ce champ en complète mouvance.

     

     

     

    -C'est bizarre !... dit-il,les deux mains capées sur ses hanches.

     

     

     

    -Pourquoi bizarre ? réplique Richard

     

     

     

    -On devrait voir un promontoire...là...derrière...et il n'y en a pas !!!.....

     

     

     

    -Fait voir la carte, Chris.....

     

     

     

    Carte posée sur le sol, agenouillés, les deux hommes pointèrent le doigt sur le chemin parcouru. Au bout d'un instant....Richard..

     

     

     

    -Nous sommes arrivés en fin de matinée...le soleil était à 3 heures...nous avons progressé durant une heure trois quart...le soleil devrait donc se trouver là...

     

     

     

    et Richard de désigner un point situé sur sa droite et de conclure...

     

     

     

    -nous avons dérivé de 30° par rapport à l'axe de déclinaison du soleil....attends !...oui....il devrait y avoir un plateau...là ! Et je n'en vois pas à l'horizon ?!?!

     

     

     

    -Richard !....

     

     

     

    -Pas le moindre monticule...répètait Richard, éludant l'appel de Chris

     

     

     

    -Richard !!!! s'écria à nouveau Chris....

     

     

     

    Mai lui secoua la manche, attirant son attention.

     

     

     

    -Chris t'appelle...mamour !

     

     

     

    -Je crois que j'ai fait une énorme bêtise, Richard....Nous nous sommes trompés d'île....nous ne sommes pas sur la bonne !...la bonne est à côté ! Regardes ! Nous sommes ICI !!!!!!

     

     

     

    Chris mit le doigt sur un point de la carte et s'écria aussitôt.....

     

     

     

    -Seigneur !!! volte face les filles...on reprend le chemin inverse....et EN VITESSE !!!!!! nous sommes sur Komodo !

     

     

     

    Déjà, le bruissement faucheur des hautes herbes, les sillons laissés par des dragons prédateurs attirés par les paroles de retraite lancées bruyamment et à la hâte achevèrent de convaincre tout le petit groupe à déguerpir prestement...

     

     

     

     

     

    A mesure qu'ils regagnaient le couloir de végétation taillé par Chris, Richard percevait derrière lui le craquement des branches laissées sur le sol par la machette...il frissonna instinctivement.

     

     

     

    Chris taillait la route, les filles derrière et Richard en queue, se retournant de temps en temps, s'attendant à voir le museau antédiluvien d'un monstre affamé......

     

     

     

    Arrivés à la plage après quelques minutes qui semblèrent des heures, tout le groupe s'arrêta soudain..interdit...

     

     

     

    Un varan énorme s'avançait sur la plage, ondulant pesamment,

    quittant le lieu où le dinghy avait été laissé. A voir la multitude de morceaux qui jonchaient le sable, la bête s'en était donné à cœur joie.......Au loin, le voilier brassé par les vagues, attendait patiemment leur retour.

     

     

     

    -les filles...chuchota Richard...il va falloir nager mais nous ne pourrons le faire que cachés derrière ces gros rochers. La raison est simple. Ces animaux sont d'excellents nageurs...il va falloir nager sous l'eau, faire vite et en douceur !...des questions ?

     

     

     

    -Des tas ! pestèrent les filles....si l'on s'en sort...il faudra que l'on ait une discussion...entre quatre yeux !

     

     

     

    A ce stade, Richard et Chris eurent une pensée commune...ils allaient regretter de n'avoir pas préféré s'attaquer aux monstres !

     

     

     

    A pas de loup, ils gagnèrent sans problème le refuge rocheux qui allait favoriser leur retour en semi-sécurité. La bête n'avait pas bougé d'un iota, le nez pointé vers l'autre côté de l'île,

     

     

     

    Quelques instants plus tard, Richard donna le signal du départ....la main sur le manche de son long couteau....en cas !

     

     

     

    -PRETS ? ...alors, allons-y !!

     

     

     

    et ils se laissèrent couler d'un même élan dans le chenal......

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 28 Juillet 2015 à 11:11

    Bonjour, toujours beaucoup de suspense comme j'aime ! Bon mardi, Elena

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