•  

    Voyage à l'intérieur d'une poche

     

     

     

    Je suis née d'un fil de soie et d'une aiguille. Ma marraine, une cousette, m'a donné le jour un soir d'automne...je sens encore l'estoc de la pointe qui tranche, glisse de bord en bord et me retient prisonnière de ma naissance.

     

     

     

    J'ai beau crier mais personne ne m'entend ; c'est vrai que j'ai du mal à m'ouvrir à l'extérieur car je suis toute aplatie, arrosée et brûlée par l'empreinte d'un fer...qui n'est pas de mes amis puis bien pliée sur un meuble bien frais. J'ai entendu ma cousette dire que c'est pour l'enfant de la maison, pour aller à l'école...

     

     

     

    je vais pouvoir apprendre....

     

     

     

    et j'ai appris beaucoup de choses ; j'ai appris que je n'étais pas seule. J'ai côtoyé des grandes, des petites, des grossières ou des raffinées, des étroites ou des tordues et même je me suis aperçu qu'il y en avait avec un nom...ou un dessin...cousu de fil d'or ou de coton de toutes les couleurs.... mais ces dernières n'étaient pas très sympathiques et me regardaient de haut alors que je les dévisageais.

     

     

     

    Lorsque arriva le grand matin, je partis plein de joie bien que le visage de ma maîtresse soit d'une humeur tout autre. je découvris l'extérieur et le monde des bipèdes avec leurs machines multicolores, bruyantes, asphyxiantes, aux odeurs nauséabondes...

     

    Mon amie s'appelle Sophie et elle est déjà grande. Elle est blonde, jolie et, de ce fait elle a beaucoup d'amies. Parfois, lorsqu'il fait froid, je sens ses mains qui se glissent à l'intérieur de moi. Je la réchauffe un bref instant puis elle ressort laissant l'empreinte de sa main et son parfum sucré, agréable et léger....Le soir, en rentrant, elle me dépose sur une chaise, nonchalamment. Je suis toute froissée jusqu'au matin d'après...

     

     

     

    Une fois par semaine, j'ai droit au bain, comprimée, tassée parmi d'autres linges aux odeurs douteuses, brassée de jets brûlants de longues minutes, ne plus rien sentir jusqu'au déferlement apaisant d'un tsunami glacé, envahissant de senteurs vanillées..., un raz de marée qui disparaît bientôt...jusqu'à la dernière goutte.....Enfin, tout ce bruit incessant qui s'arrête faisant place à un silence monacal qui nous accompagne accrochés à un fil tendu, baignés, séchés par les rayons d'un soleil bienfaiteur et puissant......jusqu'au soir et même plus...les jours de pluie entre les quatre murs d'une salle de bains.

     

     

     

    Les jours d'examens, j'ai droit à mon éducation. Sophie me glisse dés la veille de minuscules bouts de papier remplis de formules mathématiques...elle s'en débarrasse car je sais qu'elle n'aime pas cette discipline....c'est tout pour moi...jusqu'à ce qu'elle me les reprenne, dans le silence d'une classe studieuse, sous l’œil attentif, inquisiteur de son maître. Je me demande pourquoi.....Ça n'a pas d'importance, j'ai eu le temps d'apprendre....

     

     

     

    Les années ont passé, ma jeune maîtresse a grandi. Elle ne met plus ses mains en moi car je suis, je le sais, usée, fatiguée, rapiécée. Je sens toutes sortes de choses maintenant jusqu'à la plus désagréable, une odeur de fumée à la fois âcre et doucereuse qui parfois, la fait tousser...une odeur peu sympathique qui s' incruste en moi et me fait voir des choses...pas très nettes, déroutantes.

     

     

     

    Un soir, alors que j'avais réintégré depuis des mois le tiroir habituel saturé de naphtaline, impatiente de revoir Sophie partie un an auparavant à l'Université, sa maman est venue dans sa chambre et fait le tri dans ses affaires. Elle semblait bouleversée, au bord de l'effondrement, avec des larmes plein les yeux, rougis d'avoir trop pleuré. Elle a vidé les tiroirs, nous a mis dans un grand carton et fermé l'ouverture.

    Je ne comprenais pas...Que se passait-il ?

     

    Étouffée entre un chemisier qui sentait encore le parfum de Sophie et un pantalon rugueux, déchiré, j'ai glissé un regard à travers un trou de papier pendant qu'on nous emportait vers un coin du grenier. …

     

     

     

    C'est là que j'ai compris...en voyant le portrait de ma petite maîtresse cerclée d'un bandeau noir sur le dessus de la cheminée du salon...et

     

    ... la tristesse s'est emparée de moi..

     

    ...une goutte a coulé...un reste d'humidité conservée...pour la fin.

     

     

     

    Je ne verrais plus Sophie...mon amie de toujours...et savez vous pourquoi ?

     

     

     

    ...rappelez vous......grâce à Elle...

     

     

     

    j'ai beaucoup appris...en allant à l'école....AVANT !

     

     

     

     

     


    votre commentaire
  • NOTE

    Socrate a dit...."existe-t-il pour l'homme un bien plus précieux que celui de la santé ?"...c'est pourquoi je serais de nouveau avec vous, chers bloggers, aux environs du 14 juillet avec de nouvelles aventures. Bien à vous. ChrisDaniels.

     


    1 commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires