• Le chantre du Savoir

     

     

    -ch...tt !...vous tranquille !...moi ami !...lui murmure-t-on à l'oreille.

    Mais Richard avait déjà compris qu'il avait affaire à un ami car s'il ne voyait pas encore son sauveur, il en devinait son identité ; Il flottait dans le réduit comme une odeur d'encens et de prières.

    -maintenant...vous venir...poursuit-il sur le même ton.

     

    Richard se laissa guider. Ils descendirent un étroit escalier de pierre en colimaçon, faiblement éclairé. A mesure qu'ils s'enfonçaient dans les « entrailles » du bâtiment, le reporter distinguait mieux la silhouette du moine.

    Au demeurant, il était aussi grand que lui, osseux. « Le bonnet jaune » comme on les appelait avait un visage d'ascète, émacié et serein. Malgré la maigreur qui le caractérisait, l'expression de sa figure bien qu'étrange provoquait la sympathie. Une lueur vive jaillissait de son regard, ce qui troubla le journaliste. Le personnage qui le précédait dénotait une certaine prestance alliée au rang qu'il devait occuper au sein des Gélukpas.

     

    Après dix minutes d'une incroyable descente, ils débouchèrent dans une grande salle voûtée, pavée de dalles larges et uniformes. Contrairement au dallage supérieur, la surface était régulière et vernie. De la salle partaient de nombreux couloirs édifiés en étoile....c'était « l'antre du Minotaure »...

    Le moine traversa la salle, alluma une torche et s'engouffra dans un des couloirs. Il se retourna et assuré que le reporter le suivait, il continua sa progression dans le labyrinthique souterrain. La fumée de la torche dégageait une odeur acre de graisse de yack mais l'air qui arrivait par nappes suivant les coudes du tunnel obscur était frais, ce qui rendait la marche beaucoup plus supportable. Parfois, les nappes apportaient dans ses effluves inconstantes une odeur particulière de terre humide et de suintement de pierre qui n'étaient pas sans rappeler à Richard ces geôles du Fort de Cartagéna où il était resté prisonnier durant trente quatre jours.

    A travers cet entrelacement de couloirs, de salles et d'escaliers montant et descendant, Richard essayait d'en mémoriser la géométrie essentielle...c'était peine perdue. Ce lieu de « perdition » imbriquait dans l'esprit du reporter un profond malaise ; y revenir seul était quasiment impossible. Pour lui, il était nécessaire qu'il retrouva vite l'atmosphère de la surface quitte à affronter l'armée tout entière de la Chine...

     

    En attendant, il suivait pas à pas l'ombre jaune, pas sérieusement désireux de rester à la traîne. Lorsqu'il vit la fin du long couloir arriver, il poussa moralement un « ouf » de satisfaction, soulagé. Le Gélukpas tira une grille de fer forgé, écarta de lourdes tentures rouges, dévoilant un décor extraordinaire.

    La salle était immense, couvertes d'étagères sur lesquelles reposaient des centaines de milliers de rouleaux de parchemins enrubannés, numérotés, classifiés, le tout avoisinant d'énormes registres aussi épais que cent bibles.
    Devant ce spectacle démesuré, il eut, l'espace d'une seconde, un vertige. Il y avait ici plus de douze siècles d'histoire monastique et humaine, un véritable trésor de connaissance et de sagesse.

    Il resta un moment sur le seuil à contempler cet antre du savoir dans un silence monacal et respectueux.

    Le moine le tira doucement par la manche, l'intimant à le suivre.

    Ils longèrent les rayonnages, louvoyèrent entre d'énormes pupitres encombrés ou vides, croisant moines et moinillons affairés qui les regardaient indifféremment par curiosité ou par bienvenue....Qui se cachait des Chinois ne pouvait être qu'un allié....

    Arrivés devant un cul de sac, le lama heurta un gong qui émit un son sépulcral et interminable. Aussitôt, la boiserie s'ouvrit, lentement et sans bruit.

     

     

     

     

    « Matin d'hiverLe Vénérable »

  • Commentaires

    1
    Dimanche 22 Février 2015 à 06:22

    J'aime beaucoup cette atmosphère mystérieuse...! vite vite la suite de cette histoire.

    Bon dimanche cher Chris-daniels

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